La « Belle Résistance », d'Aïda à Bruxelles
Huit élèves de rhétorique accompagnés de leur professeur d’Anglais et d’un enseignant libertaire, photographe à ses heures, se sont embarqués en 2009 dans un voyage de fin d’année bien singulier. Destination peu habituelle : la Palestine. Objectif : (se) rendre compte de la situation sur place. Leur récit, aujourd’hui édité, a été présenté le 10 février dernier.
QUINZE JOURS DE PARTAGE ET DE DÉCOUVERTE
Les élèves intéressés par ce projet d’échange culturel et solidaire avec de jeunes réfugiés palestiniens du camp d’Aïda et du Al-Rowwad Center (Centre de formation culturelle et théâtrale) sont partis du 2 au 16 avril 2009. Ce voyage, ils l’ont préparé sous le patronage de l’Agence Belgo Palestinienne Nadia Farkh, Henri Wajnblum, Marianne Blume ou encore Leïla Shahid ont tous été de bons conseils pour leur faire profiter au mieux de leur expérience de terrain. Ces quinze jours de voyage ont été quinze jours de découvertes, de chocs et d’émotions fortes, de partages culturels, de rires et de pleurs. Quinze jours d’histoires entremêlées d’humanité, d’amitié et de rencontres inoubliables. Et de découverte de la « belle résistance », moyen pacifique et créatif, le plus souvent par des pratiques culturelles, d’exister malgré l’occupant, d’entretenir la mémoire populaire tout en canalisant le ressentiment créé par l’occupation.
À leur retour, le groupe se promet de porter jusqu’à nous, sur le continent européen, la parole, le regard et l’existence de chacune et chacun d’entre eux par-delà le mur et les préjugés qui nourrissent la peur de l’autre, le rejet et l’indifférence.
Sous le nom de groupe Taayoush, qui signifie « Vivre ensemble » en Arabe, ils décident de réunir et de croiser leurs récits et débutent un travail d’écriture. Présence et Action Culturelles, et plus spécifiquement Dominique Surleau (coordinatrice de la campagne « Asseoir l’espoir »), a choisi d’accompagner l’édition de ce recueil qui ne tombe pas dans l’angélisme loin s’en faut. Il donne la juste mesure de ce que vivent au quotidien ces jeunes palestiniens, la génération Intifada. Intifada qui, contrairement à la traduction que l’on en a faite sur notre continent, n’est pas, souligne Leïla Shahid, Déléguée générale de Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, « le mot arabe pour désigner un acte de violence contre quelqu’un, une guerre des pierres, mais bien se re-dresser, relever la tête, re-prendre confiance en soi, ré-affirmer son droit à vivre, le soulèvement, la résistance d’un peuple bafoué de ses droits identitaires ».
TRANSMETTRE LA BELLE RÉSISTANCE
Le 10 février 2011, au Sacré-Cœur de Lindthout (Bruxelles), ces huit élèves et leurs professeurs ont présenté, au public venu nombreux, leurs récits de voyage. Ce soir-là, la promesse de porter leur témoignage a pris tout son sens.
Tour à tour, Sophie, Bénédicte, Marine, Diane montent sur scène avec un aplomb hors du commun, habitées qu’elles sont par leur envie de raconter les checkpoints, l’humiliation, l’exiguïté de l’espace réservé à l’humain dans le camp d’Aïda, la puanteur, l’angoisse, l’émotion, la douleur, la peur, l’insoutenable qui envahissent le corps et l’esprit. Alors, elles racontent la « Belle Résistance » initiée par plusieurs artistes palestiniens et mise en œuvre dans divers camps de réfugiés.
Des cris d’enfants s’en échappent, des éclats de rire… oui, malgré l’ignorance de leurs droits, malgré le chaos et la violence quotidienne, la résistance culturelle s’organise. Elle est palpable, belle, joyeuse ! Le groupe Taayoush use de talent et d’originalité pour faire partager leur ressenti.
Laetitia, la plus âgée du groupe, explique que ce livre est la traduction de leur propre résistance, qu’il était vital et nécessaire pour eux d’écrire ce recueil de témoignages tant ils ont vécu des choses emplies d’humanité vraie. Ces jeunes d’ici et de là-bas continuent à s’échanger des nouvelles par la voie du courriel très régulièrement, le plus naturellement du monde. Et le groupe ne désespère pas de faire venir un jour ces jeunes palestiniens en Belgique ou en Europe. Ils sont actuellement à la recherche de moyens financiers, mais ça avance doucement. On croise les doigts très forts !
La Belle Résistance, « Dites-leur, pour nous… »
Groupe Taayoush
Préface par Leïla Shahid
Postfacé par Marianne Blume
PAC Editions, 2011
10 € (commande :
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www.taayoush.be



